24 septembre 2008
Doc' Socle
Comment contribuer, en temps qu'enseignant documentaliste, à la transmission des compétences contenues dans le Socle commun de connaissances?? Quelle singularité pouvons-nous développer pour apporter une plus-value aux apprentissages des élèves?... sur quels points particuliers avons-nous la capacité de contribuer plus particulièrement? Voilà des interrogations qui taraudent tous les jours le documentaliste, du rasage au démaquillage (vous m'excuserez pour le rapprochement qui peut paraître étrange, mais je tiens à rendre compte de la diversité des acteurs qui composent la profession). Voici 3 travaux qui contribuent à la réflexion, et peuvent étayer la vôtre, surtout si vous préparez le concours.
- Un document élaboré par des professeurs documentalistes de l'Académie de Nancy Metz
- Un document de l'Académie de Versailles
- Le travail de Pascal Duplessis, plus particulièrement sur les notions info-documentaires sous-jacentes au Socle, et publié sur son site personnel.
N'hésitez pas à me signaler en commentaires d'autres documents du même type si vous en connaissez!
CC par by GALERIEopWEG
11 septembre 2008
Les bonnes idées, des idées à pomper?
Prêcher la bonne parole info-documentaire en plein désert n'est sans doute pas le plus confortable pour l'enseignant documentaliste, dont la densité de population ne dépasse souvent pas le 1 résident au km2 d'établissement scolaire (et puisqu'on nous accorde, au moins, le statut de "référent" ou de "spécialiste" dans le domaine). Réunions de bassin géographique, réflexions menées par le(s?) association(s?) professionnelle(s?), réflexions académiques ou nationale....pour tout cela le Web peut aider à centraliser, à mutualiser et à diffuser.
Créé à l'origine par des enseignants documentalistes stagiaires d'Alsace (il me semble, durant l'année 2005-2006, il me semble encore...), et alimenté sans trêve depuis (façon Shadoks, quoi...), le SchaDocSpip utilise le célébre CMS pour proposer à l'ensemble du groupe et aux autres internautes (licence Creative Commons) des pratiques pédagogiques souvent originales et pleines d'imagination. Aujourd'hui, je viens par exemple d'y "rencontrer" cette idée d'un jeu-concours qui permet de remobiliser les acquis documentaires durant l'année. Depuis avril 2008, le site a déménagé; son plan est disponible ici. A la différence de bases de données comme EDU'bases Documentation, le corpus disponible est evidemment plus réduit, il ne s'agit pas de séquences "clé en main", mais d'idées partagées illustrées souvent par des documents d'accompagnement. A consulter, donc, surement, si vous sentez "sec".... A imiter, très probablement! Et comme j'ai creusé un pareil sujet... voici en bonus le premier épisode des Shadoks, les vrais, disponible grâce aux efforts de l'INA...
08 septembre 2008
Les Egarés du CDI
Olivier le Deuff donne accès par l'intermédiaire du Guide des Égarés à un cours d'initiation à l'info-documentation, niveau 6ème. Ce cours est séquencé en suivant une progression didactique: le CDI, le classement des ouvrages au CDI, les périodiques, l'encyclopédie, la base de données BCDI, quelques notions info-documentaires ( le document, l'auteur, la source), le recherche d'information sur Internet. Chacune de ces parties est plus ou moins abondamment traitée; l'évaluation a également été pensée, par des fiches, des exercices.. . Le mode d'utilisation didactique de cette ressource est indiquée sur le billet de l'auteur, il peut être utile (voire indispensable...) de s'y reporter!
06 septembre 2008
Penser stratégique
Guy Pastre signale sur son blog une ressource qu'il aurait sans doute été... stratégique pour les candidats au Capes d'avoir en main la veille d'un écrit de Sciences et Techniques documentaires..... Intitulé Intelligence stratégique et veille, il s'agit d'un "guide" d'une vingtaine de pages, condensant et illustrant grâce à de nombreux liens hypertextes le cours de François-Bernard Huyghe, docteur en sciences po, universitaire et formateur, expert en intelligence économique. J'étais resté relativement froid (pour rester modéré...) au vu du sujet STD de cette session 2008 du Capes externe. Par son texte, bien loin d'être une typologie techniciste et obscure des dangers informationnels ou des dispositifs de veille, FB Huyghe aide à en mettre en perspective, un peu tard pour nous peut-être, l'intérêt.
La veille n'est pas une pratique récente (non seulement par rapport à l'Internet, mais aussi par rapport à la société de l'information! = plusieurs siècles selon FB Huyges). L'intelligence stratégique désigne pour l'auteur "toutes les activités organisées qui visent à acquérir une information de valeur stratégique, à l'interpréter (...) et à la faire parvenir aux décideurs au bon moment". Il s'agit donc de comprendre et d'aider à comprendre -pour agir. Mais aussi pour contruire ses connaissances (De l'information à la connaissance...), son parcours professionnel (éducation à l'orientation), sa vision du monde pour exercer ses responsabilités de citoyen, dans un contexte informationnel toujours changeant. La veille informationnelle -et la fonction documentaire- comme aide à la prise de décision. Liée à un contexte où la connaissance se rapproche de l'action, l'immatériel de la production de richesse et de l'économie, pour tendre vers une économie de la connaissance, la veille (au sens large) illustre une société "du risque" ou "en réseaux", marquée par la nature même de l'information. Différents types de veille existent (juridique, financière, concurrentielle...) qui déploient toutes une intelligence stratégique sur un pan du monde , il est donc nécessaire de comprendre les différentes "règles du jeu", que nous donnent l'information et la société qu'elle a modelé. Le Web 2.0, et plus généralement le passage de l'imprimé au numérique a ainsi créé une nouvelle donne qui oblige l' e-"veilleur" à se poser de nouvelles questions: celle de l'authentification, de la datation, de l'édition. Une approche critique de l'information est donc nécessaire; et une éducation à cette compétence également, pourrait-on rajouter.
Un autre texte de FB Huyges est signalé dans ce même billet de G. Pastre. Intitulé Pour une culture des médias, j'en extrairai seulement la très prometteuse première phrase: "Nous passons des années d'école à mémoriser des formes de prosodie disparue ou de tableaux d'éléments chimiques aussitôt oubliés, mais guère de temps à apprendre à interpréter les images du journal télévisé ou à comprendre les moyens de communication qui forment notre environnement quotidien". C'est beau comme du Victor Hugo.......
CC par zegen77
26 avril 2008
Avec PMB, retour aux sources?
PMB (sigle parfois traduit par Petite et Moyenne Bibliothèque ou PhpMyBibli) est un logiciel libre (=open source) et gratuit (=0 euro) dont les bases ont été posées par un bibliothécaire dès 2002. L' académie de Rennes, dont les CDI tournaient jusqu'à présent avec le logiciel Superdoc, l'a adopté en 2006. C'est un SIGB (système intégré de gestion de bibliothèque). Destiné à l'origine au monde des bibliothèques, il est basé sur la norme UNIMARC. Il a déjà intégré le langage XML, voué à devenir incontournable dans les échanges entre structures documentaires dans les prochaines années. Il permet également l'importation et l'exportation des Mémonotices de Poitiers, l’intégration de notices issues de la BNF, du SUDOC via Z3950, la récupération de notices Amazon, de tout entrepôt OAI...
Distribué sous la licence libre CeCILL, le logiciel tourne sur tout système d'exploitation (Windows, Linux, Mac...) .
La structure se fonde sur un serveur Web (généralement Apache), une base de donnée MySQL et le langage PHP (disponible sous Windows dans le pack logiciel EasyPHP): le poste de travail informatique est donc transformé en serveur web, le logiciel s'exécutant sur le serveur: full web, il est donc manipulable uniquement avec votre navigateur préféré. Mais pas de soucis pour mettre votre catalogue en ligne: l'un des grands avantages d'un OPAC (Online Public Access Catalog) à l'heure où l'on parle de système d'information et de multipolarité du CDI. La base documentaire pourra donc être entièrement consultable sur l'intranet de l'établissement (dans les salles informatiques par ex.), via l'ENT ou directement sur Internet. Mais pas uniquement la base, puisque les fonctions utilisateurs (et administrateur d'ailleurs) migrent entièrement en ligne: recherche documentaire donc, mais aussi consultation de son compte lecteur, réservation, historique des recherches, "étagères virtuelles" élaborées par le documentaliste pour valoriser son fonds. Le logiciel semble se diriger vers la direction passionnante des bibliothèques 2.0 (bientôt CDI 2.0?); je colle cet extrait du site de l'éditeur, indiquant quelques une des nouvelles fonctionnalités développées:
* Demandes de prolongation des prêts par le lecteur
* Ajout d’un commentaire, d’un mot-clé à une notice
* Approfondissement du tri par pertinence des notices
* Lectures associées "les abonnés ayant emprunté ce document ont également emprunté..."
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L'interface utilisateur (OPAC) comme l'interface administrateur (SIGB) se veulent simples d'utilisation et intuitives
Des fonctionnalités intéressantes pour l'enseignant documentaliste ont été pensées: étagères virtuelles, donc, DSI (diffusion sélective de l'information), demande de prolongation de prêts, lectures associées, ajout de commentaires aux notices, recherche élargie à des sources externes (Gallica, CNRS, base de la BDP...)...
Un mot sur l'équipe de développement, paraît-il très réactive. Le produit subit des améliorations constantes, toujours gratuites. L'assistance, en cas de soucis, doit toutefois être prévue (alors qu'avec BCDI elle est intégrée dans l'abonnement et assurée par les CRDP): c'est la société PMB Services qui s'en charge, mais le coût est donc à prévoir dans le budget. Toutefois, au contraire de BCDI, PMB peut très bien être utilisé sur un système d'exploitation gratuit comme Linux (à prendre en considération selon la situation informatique de l'établissement, ça peut parfois être très avantageux). Le thésaurus Motbis n'étant pas libre de droits, il faut également songer (au niveau académique, en principe) à en négocier l'utilisation.
En bref, un logiciel documentaire qui me semble relativement simple d'utilisation (par rapport à BCDI notamment), open source (donc potentiellement améliorable par chacun... enfin presque, et adapté davantage encore aux besoins des documentalistes de terrain). Bémol:le thésaurus Motbis n'est pas encore bien intégré à l'environnement du logiciel, pour l'indexation comme pour la recherche (et de plus il ne s'agit pas de la dernière version du lexique). Comme on a souvent les défauts de ses qualités, le gros inconvénient me parait être la dépendance de la base documentaire aux aléas du Réseau....
L'abécédaire de BCDI
10 000 : c'est à peu près le nombre de CDI qui utilisent le logiciel documentaire BCDI
A comme abonnement: si l'achat du logiciel BCDI est relativement abordable (1000 euros pour un collège de 300 à 599 élèves), l'annualisation des abonnements, depuis BCDI 2006, avec des modifications mineures, pèsent sur le budget CDI et poussent même certains à regarder vers le logiciel gratuit PMB. Mais chut, il ne faut pas le dire trop fort!
C comme CRDP Poitou-Charente: BCDI est édité par ce CRDP.
C comme Club BCDI: une communauté conséquente qui peut être un atout, en permettant le partage de ressources, la diffusion de l'actualité du logiciel ainsi que des utilitaires et une banque de données de questions/réponses.
F comme finalités pédagogiques: un logiciel documentaire dans un cadre scolaire se doit d'avoir des objectifs pédagogiques: favoriser l'autonomie de l'élève dans la recherche d'information, lui donner différentes portes d'entrée (plus ou moins complexe et correspondant à son niveau) dans la base documentaire, l'aider à se familiariser avec un thésaurus en lui fournissant une interface adaptée. C'est la volonté de base du projet BCDI.
I comme intégration du thésaurus Motbis: un grand avantage de BCDI est qu'il fonctionne nativement avec le thésaurus Motbis, particulièrement bien intégré dans l'environnement de travail du logiciel (contrairement à PMB par ex.). De plus, pas de droits à négocier (le thésaurus Motbis n'est en effet pas libre de droit!!) pour l'utilisation. Les mises à jour de Motbis sont également prise en charge par le logiciel.
M comme maintenance: si l'annualisation de BCDI oblige (si l'on veut toujours avoir la dernière version) à un abonnement parfois onéreux, cet abonnement offre une maintenance par les différents CRDP (trouver des partenariats est essentiel à leur fonctionnement financier) ou rectorats. Bien utile tout de même en cas de problème.
P comme produits documentaires: le logiciel permet la constitution de bibliographie, liste des acquisitions etc...
R comme réservoirs de catalogage: BCDI permet l'import de notices à partir notamment des bases de Poitiers, comme Mémofiches, Mémodocnet, MémoElectre.... L'importation de notices de la BNF est, à ma connaissance, plus difficile (peut-être grâce à la moulinette MoCCAM?)
U comme usine à gaz: certains "détracteurs" de BCDI remarquent justement la complexité inutile, voire l'obscurité, de certaines fonctionnalités du logiciel, qui serait lourd et peu intuitif, tant pour le documentaliste que pour l'élève.
W comme BCDI Web: si BCDI est un logiciel qui fonctionne avant tout en local, le module BCDI Web permet la mise en ligne de la base sur l'intranet ou l'Internet. Et pas plus. En outre, cela demande un travail spécifique (contrairement à PMB nativement full web). Indispensable quand on parle de système d'information d'établissement scolaire, et de travail collaboratif. D'autant plus si l'on songe à la mise en place des ENT à l'horizon 2010.
CC: par maloupictures
23 avril 2008
Un mot... sur Motbis.
Information:le Docablock va tenter prochainement deux billets pour faire un point de synthèse et de comparaison autour des logiciels documentaires (très probablement) mis à disposition des chanceux qui partiront vers Boulogne-Billancourt au mois de juin. En attendant de se préparer moralement à ce défi (écrire les deux billets....), votre serviteur fait ce soir, pour lui (peut-être pour vous?) un ch'ti point sur le thésaurus Motbis, fidèle compagnon de l'indexeur d'EPLE.
Motbis est le thésaurus de l'Education nationale, utilisé pour l'indexation dans l'ensemble des établissements de l'enseignement secondaire, ainsi que les centres du réseau Scérén. L'AFNOR définit un thésaurus comme une "liste d'autorité organisée de descripteurs et de non-descripteurs, obéissant à des règles terminologiques propres et reliés entre eux par des relations sémantiques (hiérarchiques, associatives, ou d'équivalence). Cette liste sert à traduire en un langage artificiel dépourvu d'ambiguïté des notions exprimées en langage naturel".Le but est donc de permettre une recherche d'information efficace à l'usager, en l'occurrence l'élève. Mais c'est également d'offrir un lexique spécialement pensé pour l'éducation et l'apprentissage du second degré, en abordant les domaines et thématiques que l'élève traversera dans sa scolarité: assez général pour les besoins pédagogiques de l'ensemble des élèves, et suffisamment spécialisé pour pouvoir décrire des pans plus spécialisés des enseignements.
Motbis, disons-le sans périphrase, est un grand garçon majeur puisqu'on va fêter l'année prochaine son vingtième anniversaire (mais apparemment il est encore hébergé chez ses parents... désespérante, cette génération). Créé par le CNDP, en 1989, il est né de deux autres langages: papa Thélyce (CRDP Lyon et Grenoble) et maman Mémobase (CRDP de Poitou-Charente, pour indexer les premières MémoFiches). Depuis 2006, le thésaurus est développé selon une version annuelle (et qui porte le nom de cette année). La dernière version est donc Motbis 2008. Un comité d'orientation et des groupes de travail veillent en permanence pour améliorer l'édifice, notamment dans un travail de désambiguïsation des termes. De nouvelles orientations se dessinent également dans les dernières versions, notamment un effort pour adapter davantage l'outil de recherche sur le thésaurus à l'interrogateur, et de bien le distinguer de l'outil d'indexation. (Beaucoup) plus d'infos sur ce diaporama présenté sur le site Educnet.
11 avril 2008
Envie d'agir en partenariat?
Un dispositif d'aide aux projets à connaître pour le documentaliste... Je copie-colle!
"Premier programme national de soutien à l'engagement et à l'initiative des jeunes, Envie d'agir encourage, soutient et valorise l'esprit d'initiative des jeunes de 11 à 30 ans, leur créativité, leur audace et leurs talents dans tous les domaines : animation et développement local, 1ère création culturelle ou scientifique, solidarité internationale ou de proximité, volontariat, création d’activité économique… A travers ses 3 dispositifs, Envie d’agir apporte un accompagnement pédagogique, une expertise technique ainsi qu’un soutien financier pouvant atteindre 8 500 €. En 2006, 3 350 projets ont été soutenus. 42 000 jeunes ont été touchés dont plus de 13 000 bénéficiaires directs."
Un site Internet et une chaîne Daily Motion.
10 avril 2008
Légalisez la culture de l'information! le 8ème congrès de la FADBEN (2)
Suite et fin de ma petite synthèse de ce dernier congrès de l'association des enseignants documentalistes de l'Education nationale: "la culture de l'information. Des pratiques... aux savoirs".... Un congrès pour une culture 100% développement durable, comme le mobilier du salon des exposants (tables, chaises, présentoirs...), entièrement réalisé en carton. Une initiative à signaler. Sachez que des documents connexes (voire annexes) ont été publiés un peu partout sur le Web: sur le site de la FADBEN, on pourra trouver le propos introductif de la présidente, Françoise Albertini, ainsi que le propos d'André Tricot (absent ce jour là, pour cause d'attente d'un heureux événement..) sur les savoirs et compétences documentaires. Sur son blog du Web pédagogique, Noël Huguen (professeur documentaliste et formateur à Angers) fait pour sa part une analyse et un premier bilan. Pour finir ce tour du Net, Olivier le Deuff, maître du diaporama et coqueluche de toutes les étudiantes en information-documentation, communique sur son blog ses 2 préao. Mais l'essentiel reste ce moment de réflexion en commun, aux implications tout autant théoriques que pratiques. Revenons-y...
La journée du samedi s'est ouverte par une conférence de Philippe Meirieu. Envisageant la pédagogie documentaire, cette figure des sciences de l'éducation a commencé par insister sur un certain déterminisme historique et religieux, le rôle de la religion protestante et de son rapport aux Ecritures (et donc aux textes) sur l'idéologie éducative des pays anglo-saxons: en effet ceux-ci ont très tôt mis la dynamique éducative de la recherche documentaire (construction de l'intelligence et de l'autonomie de la personne) au centre du processus d'apprentissage. En France, le Messie de la documentation s'appelera C. Freinet... plus tard. Pareillement au niveau de l'éducation aux médias, la culture éducative française a bien du mal à accepter de faire rentrer les médias et l'actualité à l'école, au risque d'un véritable risque de fracture entre les cultures médiatique (celle de nombreux jeunes) et scolaire. C'est le traditionnel (pseudo?)dilemme entre les savoirs stables et déjà hiérarchisés et l'actualité, toujours en mouvement. D'où, pour Ph. Meirieu, la nécessité d'un changement de paradigme: passer de Jules Ferry à Jean Zay, ce ministre du Front populaire qui avait compris qu'on ne pouvait séparer l'éducation de l'instruction. Et d'où également la nécessité de promouvoir un certain nombre de droits de l'enfant (droit à la protection, mais aussi à l'information, à la culture, à l'acquisition d'un esprit critique etc...): ces droits, s'ils étaient respectés, imposeraient en retour des devoirs de la part des industries médiatiques (et particulièrement de la télévision).... Un film de la chaîne CapCanal (disponible ici) sur le travail au CDI a été diffusé ensuite.
La table ronde qui a suivi s'intéressait aux nouveaux médias participatifs. Comment sont-ils appréhendés et utilisés par les adolescents? Olivier le Deuff a convoqué pour répondre à cette question la métaphore d'un "fantôme dans la machine" (Ghost in the shell). A l'heure en effet où les technologies évoluent plus vite que notre compréhension d'elles, beaucoup de discours, notamment dans l'Education nationale, insistent encore sur la nécessité d'adaptation permanente, de l'élève et de l'enseignement, face aux nouveaux impératifs des TIC. L'esprit documentaire (dans la machine ou ailleurs), au contraire, est une capacité à exister par soi-même, un esprit critique, et une démarche d'anticipation. Au delà de l'attraction des élèves ("Homo Zappiens", selon l'expression de 2 chercheurs hollandais) pour les nouveaux médias du web 2, ils doivent réussir à en saisir les possibilités éducatives et créatives.
Un point a ensuite été fait sur l'enquête Mediappro, réalisée dans 10 pays autour des pratiques médiatiques de 9000 jeunes de 12 à 18 ans, close en 2006 -et donc déjà à refaire...- : si l'on passe le détail sur ce dispositif qui nous a permis de mieux connaître les pratiques réelles des jeunes, on retiendra que si les élèves sont conscients des risques qu'ils peuvent encourir avec ces nouveaux médias, ils surestiment globalement leurs compétences dans ce domaine. Pourtant ces médias sont bien entendu porteurs d'enjeux pour la construction d'une culture de l'information. C'est le propos d'Aurélie Aubert, doctorante en SIC. Une nouvelle donne informationnelle est à maîtriser: lassée du traitement médiatique des médias mainstream (mass medias), une partie du public est partie à la recherche d'une façon alternative de s'informer. Le résultat actuel: une hétérogénéité plus grande des sources (blogs, médias participatifs etc...), mais aussi des difficultés d'orientation de l'usager dans ce nouveau paysage. Les nécessités éducatives coulent alors... de source: formation à une typologie des médias, à la déontologie et au droit...... L'Ecole doit savoir que si les jeunes ne sont pas encore producteurs d'info (par les blogs notamment), ils risquent fort de le devenir sous peu... à moins d'un désintérêt médiatique qui serait encore plus préoccupant.
Mais cette institution n'est pas la seule à contribuer à une éducation à l'information. C'était l'objet de la table ronde suivante (du moins celle que j'avais choisi, puisqu'il fallait faire des choix....). On y retrouvait notamment Élisabeth Noël (de l'ENSSIB/FORMIST) et Patrick Bazin, directeur de la bibliothèque publique de Lyon (2ème structure de France après la BNF). E. Noël a donné tout d'abord un très intéressant aperçu historique des formations à la maîtrise de l'information, alors que l'on va fêter en 2009 les 10 ans du FORMIST. Une argumentation qui se base sur 2 enquêtes: 1998 et 2005. En 1998, une enquête nationale avait tenté de faire un état de l'art de l'éducation à l'information dans l'enseignement supérieur. On notait alors un souci réel de formation (effectuée par les "missionnaires", précurseurs de l'éducation à l'information dans les pays francophones: Pochet et Thirion en Belgique - =Edu'Doc -, Claire Panigel pour l'URFIST de Paris dès 1984 -date de création des URFIST: 1982-, sans oublier le GREMI -Groupe de Réflexion sur l´Enseignement des Méthodologies de l'Information-), mais seulement 1 établissement sur 2 mettant en place un dispositif effectif (équivalent de 350 élèves/établissement formés). Les années 2000 ont vu des évolutions marquantes: l'apparition de tutoriels en ligne (FORSIC -plus à mis jour depuis 2001- ou CERISE, par exemple), de référentiels de compétences (Metafor, Erudist....). Toutes ces ressources sont régulièrement signalées par FORMIST. (Formation à l'information scientifique et technique, édité par l'ENSSIB). Nouveau bilan et évaluation des actions en 2005 par E. Noël: on peut noter une institutionnalisation des formation (passage d'une formation facultative à obligatoire), des textes officiels qui plaident en faveur de cela, des formations plus nombreuses -mais plus courtes. Les URFIST sont plus visibles (sites Internet notamment), les tutoriels intégrés dans les ENT. L'éducation à l'information est partagée entre toute une communauté de compétences (bibliothécaires, enseignants, informaticiens...). Mais le bibliothécaire continue à garder sa spécificité, et une mission ambitieuse: tourner la bibliothèque vers les usagers, s'adapter aux pratiques de la génération Google (cf. Bibliothèque 2.0).
P. Bazin a quant à lui posé la situation de la lecture publique: intervention passionnante. Puisque... eh bien.... Puisque le numérique a bouleversé à la fois l'ordre du livre et les pratiques des usagers des bibliothèques, puisque le public s'est lui même qualitativement diversifié (démocratisation culturelle...), eh bien les missions des bibliothèques, qui étaient avant tout de donner accès, doivent évoluer et s'adapter aussi. La bibliothèque ne peut plus se contenter de la conservation des savoirs constitués. "Avant", la bibliothèque était le miroir d'une encyclopédie: organisée, hiérarchisée, au contenu validé. Mais aujourd'hui le savoir est de plus en plus dynamique, les usagers/consommateurs d'information deviennent également des producteurs de connaissance (cf. Wikipédia): l'ancien modèle du savoir, une pyramide où les détenteurs de la science (à la pointe) communiquaient les connaissances au reste de de la société (la base), permettant en théorie un ascenseur social et culturel, est périmé. La mission de la bibliothèque publique devient maintenant, selon P. Bazin, non d'"apprendre à apprendre", mais d'associer les usagers à la co-construction d'un espace culturel: le bibliothécaire doit jouer un rôle d'animateur dans la construction des connaissances, son expertise est là. En retour, l'usager accompagne le bibliothécaire dans la constitution de gisement de ressources: c'est, me semble-t-il, ce que l'on appelle au niveau du Web 2.0 l'UGC (User Generated Content). Une concrétisation éloquente: le Guichet du savoir de la Bibliothèque municipale de Lyon... Les questions sont fournies par les usagers, les réponses par la bibliothèque et les bibliothécaires, elles sont de plus capitalisées par le système d'information de la structure, qui indexe l'ensemble....!
La conférence d' E. Broudoux, sous un intitulé qui attisait la curiosité de nos jeunes esprits émotifs ("Fluidification informationnelle et intermédiaires socio-techniques), concernait en fait le Web sémantique (à l'horizon). Un diaporama est disponible sur le site de la FADBEN.
La table-ronde de l'après-midi était l'un des grands moments du congrès. Autour de JL Charbonnier, Pascal Duplessis, Alexandre Serres, Agnès Montaigne, Nicole Clouet, pour évoquer des questions essentielles: "Didactique de l'information et pédagogie documentaire: quel projet curriculaire?", "Intégrer la formation aux concepts info-documentaires dans la formation des élèves", "culture et didactique de l'information: quelles relations?", parmi 6 grandes questions.
La dernière conférence de la journée (au choix, là encore) a concerné les ENT (environnement ou espace numérique de travail), de mon point de vue à la fois outil de formation à l'information et objet de cette éducation. C'est dire si en théorie la chose intéresse les documentalistes. Mis à part les définitions et références habituelles qui ont été énoncées, on peut signaler différents éléments: bien que le ministère veuille généraliser les ENT à l'horizon 2010, c'est avant tout un projet partenarial et local (notion de territoire) encadré par le SDET (Schéma directeur des ENT). Une personne en charge des TICE est venu exposé le cas du Rhône (Ac. de Lyon et département du Rhône), où c'est l'ENT laclasse.com qui a été choisi. Il reste maintenant à diagnostiquer, évaluer, sécuriser et fiabiliser les usages d'abord, consolider et optimiser la technique ensuite, mais surtout... sensibiliser et convaincre les acteurs de participer (lutte active contre le "syndrome du nudiste"!)...
Le dimanche a vu une réflexion davantage axée sur la dimension professionnelle et l'avenir du métier. C'est là bien entendu l'intérêt de ce type de rencontre. Mais, alors que la profession compte près de 10 000 documentalistes, l'amphithéâtre n'en a pas accueilli plus de 300 ou 400 (estimation personnelle). La profession, c'est un point de vue mais il faut l'envisager, n'est peut-être pas assez mobilisée pour affirmer une position claire sur son avenir, qui maintiendrait la diversité de ses missions et accentuerait la dimension pédagogique (ce qui me semble ressortir de ce congrès); les allusions aux derniers propos de l'IGEN ont été fréquentes, mais la question pas vraiment débattue en pleine lumière: quid du métier d'enseignant documentaliste? et d'une culture de l'information dont l'enseignement ne serait ni formalisé ni reconnu par l'institution (d'où mon titre un peu provocateur) et les modalités d'évaluation -comme l'a signalé une intervention- laissées à l'appréciation de chaque acteur?
Il faut toutefois le dire, l'Inspection générale, par la présence de Jean-Louis Durpaire, n'a pas contribué à éclaircir les doutes et les interrogations, notamment de ceux qui s'apprêtent à rentrer dans le métier.
CC: par Rebecca (Becky/Bex)
"The Guide".
Si le monde de l'information est aussi tortueux que les ramifications de cet arbre, la culture de l'information pourrait-elle se comparer au tronc? et la médiation documentaire à un "Guide"?
05 avril 2008
Domestiquer l'information: le 8ème congrès de la FADBEN (1).
Je l'avoue, je fus présent le week-end dernier à Lyon pour le dernier congrès des enseignants documentalistes qui proposait une réflexion (doucement) militante autour de la culture de l'information. Vous pouvez d'ores et déjà en lire un compte-rendu de B. Devauchelle (d'ailleurs intervenant lors de ce même congrès) dans le Café pédagogique. J'en propose ici une synthèse brève et personnelle.
Alors que l'on fête cette année les 50 ans des CDI, le terme de culture de l'information fait florès. A ma connaissance, au moins 3 congrès sur ce thème organisés en 2008. C'est que la notion de socle est elle-même à la mode (notamment à travers des enquêtes internationales comme PISA qui tentent de cerner les compétences indispensables à maîtriser pour l'élève... sans oublier le fameux Socle commun sorti de la loi d'orientation de 2005).Que faut-il donc enseigner, en matière d'informatique, d'information et de documentation, pour l'"honnête homme" du 21ème siècle? Que doit connaître le cyber-citoyen de la société de l'information? Quelle culture de l'information, donc, à maîtriser? Pour Claire Belisle, il y a une multitude de cultures informationnelles qui renvoient à autant de pratiques. Quel rôle, donc, de l'Ecole dans l'éducation à ces nouvelles pratiques? Le philosophe Francis Bacon opposait jadis autorité des sciences et autorité de la religion. Mais aujourd'hui, par exemple avec Wikipédia, le rapport stabilisé au savoir et au livre vacille, créant de nouveaux centres de légitimation des connaissances. L'esprit critique et la possibilité de modifier ses représentations antérieures sont fondamentaux. JF Dortier, créateur et rédacteur en chef de Sciences humaines, compare l'arrivée du Web à l'émergence de l'écriture (suivant les analyses de Jack Goody). Il s'agit pour lui d'une révolution, de l'émergence d'une 3ème culture, après celle de l'Académie (=système éducatif) et celle de la presse et de l'édition. Un tiers état culturel existe (le "pronétariat" cher à Joël de Rosnay), et le Web recèle d'une multitude de niches culturelles, véritables richesses. Ce troisième pouvoir aura des effets importants sur la presse et l'édition, mais la science, le savoir scolaire ne sont pas bouleversés, selon le journaliste. Si le cyber-prof n'est pas pour demain, notre profession souffre d'une concurrence déloyale avec le couple Google/Wikipédia. La nécessité de classer, valider le savoir, est indispensable pour pouvoir se démarquer des robots de recherche en tant que professionnels de l'information , mais plus encore celle de mettre en scène, de réenchanter le savoir, de l'humaniser en l'incarnant!
Sylvie Chevillote, conservateur à l'ENSSIB et participante à l'ERTé (groupe de recherche “Culture informationnelle et curriculum documentaire”), nous a ouvert quant à elle à une dimension internationale de la réflexion autour de la culture de l'information (information literacy), autour des travaux de l'Unesco et de l'IFLA, en insistant sur le fait que la problématique n'est pas seulement éducative, mais également sociétale, économique et politique.Dans ce domaine, les USA et le Canada ont été précurseurs avec les "Bibliographic Instructions". Muriel Frisch, maître de conférence en sciences de l'éducation (IUFM de Lorraine), s'intéresse à l'aspect didactique qui occupera une bonne part de la réflexion du congrès. Il s'agit pour l'Ecole de penser et d'enseigner "une culture qui partage et ne sépare pas", à l'heure où les évolutions des TIC sont propices à l'émergence de nouvelles utopies et religiosités (cf. Breton). Si depuis les années 90 les recherches en didactique se sont développées (dénotant une préoccupation croissante du "comment faire apprendre"), et bien que la FADBEN ait élaboré dès 1978 le manifeste "la documentation discipline nouvelle", la profession d'enseignant documentaliste s'est construite dans une spécificité, un certain "flou épistémologique" qui rapprochait la documentation de la méthodologie documentaire (sur le modèle "spécialisation théorique" vs "compétences générales"). Quelles conséquences alors de l'enseignement aux élèves d'une culture de l'information? Une didactisation est-elle possible dans le respect de l'identité de la profession?
Mais avant de théoriser un contenu d'enseignement il est nécessaire de bien cerner les pratiques informationnelles des jeunes, car ce sont elles que l'éducation devra rendre éclairées. C'est ce que Mireille Lamouroux (ADBS) va faire dans en convoquant diverses enquêtes sur les pratiques de lecture des jeunes. La "culture jeune"(15-19 ans) partage 3 caractéristiques fortes: c'est une génération de l'image, ancrée sur le temps présent (notion de zapping), qui se sent proche de toutes les formes de "télévision de l'intimité". Or ces pratiques se heurtent à la culture scolaire (cf. l'article de Dannah Boyd sur la génération MySpace dans MédiaMorphoses). Internet a profondément modifié les pratiques culturelles en général, dont les pratiques de lecture: c'est également l'avis d'Alain Giffard (président de la Mission interministérielle pour l'accès public à l'Internet), qui envisage ce bouleversement sous un angle original: celui des industries de lecture (=formatage des écrits de lecture; contrôle des pratiques culturelles; commercialisation de texte -cf. Google AdSense et AdWords) qui créent un espace de lectures industrielles avec ses risques: de nouveaux savoirs et de nouvelles ignorances en perspective...
A suivi à cela une course effrénée derrière les petits fours, avec comme échauffement une séance de lutte autour des bouteilles de jus d'orange: c'en était fini de cette première journée de congrès.......

CC par Audry Drapier,
modifié par moi-même.
